D’après R. Dugas, La théorie physique au sens de Boltzmann (éd. du Griffon, 1959).

1 La loi de répartition des vitesses de Maxwell

1.1 Première démonstration

Vers 1860, Maxwell tente de déterminer quelles seraient les possibles répartitions des vitesses dans un gaz homogène. Son raisonnement, similaire à une analyse-synthèse, est comme suit :

On suppose qu’il existe 𝑓:ℝ3→ℝ la densité de probabilité des vitesses des particules du gaz. Aussi, 𝑓 est à comprendre au sens :

dℙ=ℙ({𝑣𝑥∈[𝜉,𝜉+d𝜉[𝑣𝑦∈[𝜂,𝜂+d𝜂[𝑣𝑥∈[𝜁,𝜁+d𝜁[)=𝑓(𝜉,𝜂,𝜁)d𝜉d𝜂d𝜁

On fait l’hypothèse que le gaz se comporte de manière indépendante dans les 3 directions de l’espace, donc f peut se décomposer selon ses 3 variables :

∃ℎ1,ℎ2,ℎ3:ℝ3→ℝ telles que dℙ=ℎ1(𝜉)ℎ2(𝜂)ℎ3(𝜁)d𝜉d𝜂d𝜁

De plus, on fait l’hypothèse d’un système isotrope, donc les molécules de gaz se comportent de la même manière dans les 3 directions de l’espace. Ceci se traduit par la relation ℎ1=ℎ2=ℎ3.

Enfin, la direction des molécules est aléatoire ou du moins homogène à l’échelle macroscopique, donc la répartition des vitesses ne peut dépendre que de la norme des vitesses. Une autre manière de voir les choses est de s’imaginer dans l’espace des phases (l’espace où 𝑓 a un sens, celui des vitesses et donc de dimension 3) et de se rendre compte que l’on doit avoir invariance de 𝑓 par rotation du fait de l’interchangeabilité des variables 𝜉,𝜂 et 𝜁. De tout cela on déduit que 𝑓 ne dépend que de ‖𝑣‖ soit de 𝜉2+𝜂2+𝜁2. Ainsi :

∃𝑔:ℝ+→ℝ telle que ∀(𝜉,𝜂,𝜁)∈ℝ3,
𝑓(𝜉,𝜂,𝜁)=ℎ1(𝜉)ℎ1(𝜂)ℎ1(𝜁)=𝑔(𝜉2+𝜂2+𝜁2)

Le problème devient maintenant purement mathématique, et il s’agit de trouver l’expression de ℎ1. Dérivons selon 𝜉 ; par la règle de la chaîne :

ℎ1′(𝜉)ℎ1(𝜂)ℎ1(𝜁)=2𝜉𝑔′(𝜉2+𝜂2+𝜁2)

De même si l’on dérive selon 𝜂 :

ℎ1(𝜉)ℎ1′(𝜂)ℎ1(𝜁)=2𝜂𝑔′(𝜉2+𝜂2+𝜁2)

On en extrait que pour 𝜂≠0, alors 𝑔′(𝜉2+𝜂2+𝜁2)=ℎ1(𝜉)ℎ1′(𝜂)ℎ1(𝜁)2𝜂.

On réinjecte l’expression de 𝑔′ dans la première équation de dérivation :

ℎ1′(𝜉)ℎ1(𝜂)ℎ1(𝜁)=2𝜉2𝜂ℎ1(𝜉)ℎ1′(𝜂)ℎ1(𝜁)

Pour pouvoir simplifier par ℎ1(𝜁), il faut vérifier qu’il existe un 𝜁 tel que ℎ1(𝜁)≠0. Or si ce n’était pas le cas, ℎ1 et donc 𝑓 seraient la fonction nulle, ce qui contredirait la condition de normalisation de 𝑓 (∫ℝ3𝑓=1). Ainsi ∃𝜁∈ℝ tel que ℎ1(𝜁)≠0.

Ainsi l’équation devient :

ℎ1′(𝜉)ℎ1(𝜂)=𝜉𝜂ℎ1(𝜉)ℎ1′(𝜂)

On sépare maintenant les variables. Pour cela, on se place dans le cas où ℎ1(𝜉) et ℎ1(𝜂) ne sont pas nulles. Alors :

ℎ1′(𝜉)ℎ1(𝜉)𝜉=ℎ1′(𝜂)ℎ1(𝜂)𝜂

Les deux membres sont indépendants du point de vue des variables, donc sont constants. Ainsi :

∃𝐶∈ℝ telle que ∀𝜉∈ℝ vérifiant ℎ1(𝜉)≠0,
ℎ1′(𝜉)=𝐶𝜉ℎ1(𝜉)

C’est une équation différentielle linéaire homogène d’ordre 1, donc sachant que 𝜉↦𝐶2𝜉2 est une primitive de 𝜉↦𝐶𝜉, on a ℎ1 de la forme :

𝐴𝑒𝐶2𝜉2,𝐴∈ℝ

En posant 𝐵=𝐶2, on a alors finalement que :

∃𝐴,𝐵∈ℝ tels que ℎ1=𝜉↦𝐴𝑒𝐵𝜉2

avec, pour que la condition de normalisation soit respectée, 𝐵<0.

1.2 Deuxième démonstration

Maxwell n’était pas satisfait de cette démonstration…

2 Formulation mécanique du second principe

La définition du second principe, telle que donnée par Clausius en 1865, est que

∫d𝑄𝑇≤0

(1)

avec la grandeur ci-dessus qu’il appelle entropie, de définition différente de sa définition actuelle.

Boltzmann aimerait pouvoir retrouver ce résultat uniquement par des raisonnements de cinétique et donc de mécanique « classique » (noter que cette dénomination est anachronique). Ces recherches le mèneront à publication en 1866 (à 21 ans !) de l’article fondateur Über die mechanische Bedeutung des zweiten Hauptsatzes der Wärmetheorie, qui marque le début d’une théorisation mécanique du second principe. On s’intéressera ici à la partie IV, Beweis des zweiten Hauptsatzes der mechanischen Wärmetheorie ou en français preuve de la seconde loi de la théorie mécanique de la chaleur, où il détermine une expression de l’entropie dépendant des paramètres microscopiques du milieu, lui permettant de montrer l’inégalité (1) en lui donnant une interprétation mécanique.

Boltzmann commence par préciser le concept de température en théorie cinétique, à savoir que si deux corps ont la même température alors ils ne se communiquent pas de chaleur et donc leurs atomes ne cèdent ou ne gagnent aucune énergie cinétique. Il paraît donc logique de poser que la température d’un atome est la moyenne (temporelle) de son énergie cinétique, celle-ci étant la grandeur changeante en cas de transferts thermiques.

Imaginons un système d’atomes. On fait la supposition que la position et la vitesse qu’un atome a à un instant 𝑡1 finiront par être retrouvées plus tard à un instant 𝑡2 (en attendant suffisamment longtemps, l’atome fait une boucle). Dans ce cas il paraît logique de poser la température de l’atome comme :

𝑇=∫𝑡1𝑡2𝑚𝑐22d𝑡𝑡2−𝑡1

avec 𝑐 la norme de la vitesse de celui-ci.

On imagine faire un transfert thermique au système et voir ce qui lui arrive. Pour cela on considère ajouter une quantité infime d’énergie 𝜀 à chaque atome. Aussi, la conservation de l’énergie de l’atome — le premier principe — donne :

𝛿𝑒𝑐=𝛿𝑄+𝛿𝑊i.e. 𝛿𝑚𝑐22=𝜀−𝜀′+𝐹𝑋𝛿𝑥+𝐹𝑌𝛿𝑦+𝐹𝑍𝛿𝑧

(2)

avec 𝑐 la norme de la vitesse de l’atome, 𝜀 l’énergie fournie à celui-ci, 𝜀′ celle qu’il fournit à son environnement (atomes voisins) et 𝛿𝑊 exprimé en fonction du théorème de l’énergie cinétique pour une force extérieure 𝐹 décomposée ici selon les axes 𝑋, 𝑌 et 𝑍.

Or on considère que la moyenne de 𝜀′ vaut 0 sur la période 𝑡1→𝑡2, c’est-à-dire que l’atome ne cède rien en moyenne à son environnement. Ainsi on a que

𝛿𝑚𝑐22=𝜀+𝐹𝑋𝛿𝑥+𝐹𝑌𝛿𝑦+𝐹𝑍𝛿𝑧

On s’intéresse particulièrement à 𝜀 (et plus tard à 𝜀𝑇 car on veut revenir à l’entropie de Clausius), dont on veut donner une expression physique dépendant des grandeurs associées à l’atome. Pour cela il nous serait bien arrangeant de nous débarrasser des termes dépendant de 𝐹. Pour arriver à cette fin, Boltzmann déroule une suite astucieuse de calculs permettant de simplifier ces termes embarrassants. Pour commencer, étudions les variations de l’intégrale d’action de l’énergie cinétique d’un atome :

𝛿∫𝑡1𝑡2𝑚𝑐22d𝑡=𝑚2𝛿∫𝑠1𝑠2𝑐d𝑠=𝑚2∫𝑠1𝑠2(𝛿𝑐d𝑠+𝑐𝛿(d𝑠))

avec 𝑠1 et 𝑠2 les positions de l’atome respectivement à 𝑡1 et 𝑡2, et d𝑠 un déplacement spatial infinitésimal. Or 𝛿𝑐d𝑠=𝛿𝑐×𝑐d𝑡=𝛿(12𝑐2)d𝑡, donc on peut réécrire :

𝛿∫𝑡1𝑡2𝑚𝑐22d𝑡=12∫𝑠1𝑠2𝛿𝑚𝑐22d𝑡+𝑚2∫𝑠1𝑠2𝑐𝛿(d𝑠)

Traitons les deux termes de droite séparément. D’abord, en utilisant l’expression plus haut, on a que :

∫𝑠1𝑠2𝛿𝑚𝑐22d𝑡=∫𝑡1𝑡2(𝜀+𝐹𝑋𝛿𝑥+𝐹𝑌𝛿𝑦+𝐹𝑍𝛿𝑧)d𝑡=𝜀(𝑡2−𝑡1)+∫𝑡1𝑡2(𝐹𝑋𝛿𝑥+𝐹𝑌𝛿𝑦+𝐹𝑍𝛿𝑧)d𝑡

Ensuite, sachant que 𝑐=d𝑠d𝑡 et que d𝑠=d𝑥2+d𝑦2+d𝑧2, on peut appliquer la règle de la chaîne à d𝑠 en la traitant comme une fonction des variables d𝑥, d𝑦 et d𝑧 :

𝛿(d𝑠)=𝜕d𝑠𝜕d𝑥𝛿(d𝑥)+𝜕d𝑠𝜕d𝑦𝛿(d𝑦)+𝜕d𝑠𝜕d𝑧𝛿(d𝑧)=2d𝑥2d𝑥2+d𝑦2+d𝑧2𝛿(d𝑥)+2d𝑦2d𝑥2+d𝑦2+d𝑧2𝛿(d𝑦)+2d𝑧2d𝑥2+d𝑦2+d𝑧2𝛿(d𝑧)=d𝑥d𝑠𝛿(d𝑥)+d𝑦d𝑠𝛿(d𝑦)+d𝑧d𝑠𝛿(d𝑧)

et on a donc :

𝑐𝛿(d𝑠)=d𝑠d𝑡𝛿(d𝑠)=d𝑥d𝑡𝛿(d𝑥)+d𝑦d𝑡𝛿(d𝑦)+d𝑧d𝑡𝛿(d𝑧)=d𝑥d𝑡d(𝛿𝑥)+d𝑦d𝑡d(𝛿𝑦)+d𝑧d𝑡d(𝛿𝑧)=𝑥˙d(𝛿𝑥)+𝑦˙d(𝛿𝑦)+𝑧˙d(𝛿𝑧)

On a ainsi :

∫𝑠1𝑠2𝑐𝛿(d𝑠)=∫𝑠1𝑠2(𝑥˙d(𝛿𝑥)+𝑦˙d(𝛿𝑦)+𝑧˙d(𝛿𝑧))=∫𝑡1𝑡2d𝑡(𝑥˙d(𝛿𝑥)d𝑡+𝑦˙d(𝛿𝑦)d𝑡+𝑧˙d(𝛿𝑧)d𝑡)

On peut donc finalement substituer les deux termes dans l’équation plus haut :

𝛿∫𝑡1𝑡2𝑚𝑐22d𝑡=𝜀(𝑡2−𝑡1)2+12∫𝑡1𝑡2(𝐹𝑋𝛿𝑥+𝐹𝑌𝛿𝑦+𝐹𝑍𝛿𝑧)d𝑡+𝑚2∫𝑡1𝑡2d𝑡(𝑥˙d(𝛿𝑥)d𝑡+𝑦˙d(𝛿𝑦)d𝑡+𝑧˙d(𝛿𝑧)d𝑡)

Le principe fondamental de la dynamique nous donne l’occasion de faire apparaître les dérivées secondes de la position, ce qui va nous permettre d’identifier une intégration par parties :

𝛿∫𝑡1𝑡2𝑚𝑐22d𝑡=𝜀(𝑡2−𝑡1)2+𝑚2∫𝑡1𝑡2(𝑥¨𝛿𝑥+𝑦¨𝛿𝑦+𝑧¨𝛿𝑧)d𝑡+𝑚2∫𝑡1𝑡2d𝑡(𝑥˙d(𝛿𝑥)d𝑡+𝑦˙d(𝛿𝑦)d𝑡+𝑧˙d(𝛿𝑧)d𝑡)=𝜀(𝑡2−𝑡1)2+[𝑥˙𝛿𝑥+𝑦˙𝛿𝑦+𝑧˙𝛿𝑧]𝑡1𝑡2

Or on a choisi 𝑡1 et 𝑡2 de façon à ce que l’atome ait les mêmes vitesses et positions à ces instants, donc le terme entre crochet est nul. On a donc finalement que :

𝛿∫𝑡1𝑡2𝑚𝑐22d𝑡=𝜀(𝑡2−𝑡1)2

Cette expression devient intéressante lorsque l’on veut faire apparaître l’expression de l’entropie de Clausius, ici pour un atome :

𝜀𝑇=1𝑇(2𝑡2−𝑡1𝛿∫𝑡1𝑡2𝑚𝑐22d𝑡)=2𝛿∫𝑡1𝑡2𝑚𝑐22d𝑡∫𝑡1𝑡2𝑚𝑐22d𝑡
donc
𝜀𝑇=2𝛿log∫𝑡1𝑡2𝑚𝑐22d𝑡

Revenons à l’échelle macroscopique. Si la température du corps est uniforme, on peut écrire :

𝛿𝑄𝑇=∑atomes𝜀𝑇=2∑atomes𝛿log∫𝑡1𝑡2𝑚𝑐22d𝑡

Si la température du corps n’est pas uniforme, alors on le découpe en autant de petits volumes d𝜏 qu’il est nécessaire pour que la température et la chaleur fournie y soient quasi uniformes :

∫𝜏(𝛿𝑄𝑇)d𝜏d𝜏=2∫𝜏∑atomes dans d𝜏𝛿log∫𝑡1𝑡2𝑚𝑐22d𝑡=2∑atomes𝛿log∫𝑡1𝑡2𝑚𝑐22d𝑡

3 Limites de la preuve de 1866 et hypothèse ergodique

à faire