3.2.1 Principe

Un réseau est formé de 𝑁 fentes (ou traits) identiques, équidistantes du pas 𝑎, éclairées par une onde plane. Chaque fente diffracte la lumière et joue le rôle d’une source secondaire : c’est une division du front d’onde en 𝑁 ondes. À l’infini, dans la direction 𝜃 pour une incidence 𝜃𝑖, deux fentes voisines diffèrent en marche de 𝛿=𝑎(sin𝜃−sin𝜃𝑖), soit en phase de 𝜑=2𝜋𝛿/𝜆. Les 𝑁 ondes sont en phase quand 𝛿=𝑝𝜆, avec 𝑝 entier.

Fig. 27. – Réseau éclairé par une onde plane : les ordres 𝑝=0,±1 sont focalisés par une lentille. À droite, la différence de marche 𝛿=𝑎sin𝜃 entre deux fentes voisines (angle exagéré).

3.2.2 Intensité diffractée

La somme des 𝑁 ondes, de même amplitude et déphasées de 𝜑 de fente en fente, est une série géométrique ∑𝑘=0𝑁−1𝑒𝑗𝑘𝜑=(1−𝑒𝑗𝑁𝜑)/(1−𝑒𝑗𝜑), d’où l’éclairement, avec 𝐼1 celui d’une seule fente :

𝐼=𝐼1(sin(𝑁𝜑/2)sin(𝜑/2))2.

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Les maxima principaux, de valeur 𝑁2𝐼1, sont aux ordres 𝜑=2𝜋𝑝. Entre deux d’entre eux, il y a 𝑁−1 zéros et 𝑁−2 maxima secondaires faibles. Le premier zéro suivant un maximum est à 𝑁𝜑/2=𝜋, d’où une largeur angulaire Δ𝜃≃𝜆/(𝑁𝑎cos𝜃) : plus 𝑁 est grand, plus les pics sont fins.

Fig. 28. – Intensité diffractée par 𝑁 fentes, normalisée : les pics se resserrent quand 𝑁 augmente.

3.2.3 Dispersion et pouvoir de résolution

La dispersion angulaire vaut 𝑑𝜃/𝑑𝜆=𝑝/(𝑎cos𝜃). Deux longueurs d’onde 𝜆 et 𝜆+𝛿𝜆 sont séparées (critère de Rayleigh) quand le maximum de l’une tombe sur le premier zéro de l’autre, soit (𝑑𝜃/𝑑𝜆)𝛿𝜆=𝜆/(𝑁𝑎cos𝜃).

3.2.4 Limite de taille

Avec 𝐿=𝑁𝑎 la largeur éclairée, 𝑝𝑁=𝐿(sin𝜃−sin𝜃𝑖)/𝜆≤2𝐿/𝜆 : la résolution ne dépend que de la taille du réseau, pas de son pas. Pour 𝐿=10 cm et 𝜆=500 nm, 𝜆/𝛿𝜆≤4⋅105. Au-delà, il faudrait un réseau plus grand, très difficile à graver, ou des mosaïques de réseaux. Un Fabry-Pérot de 5 mm d’épaisseur atteint déjà 6⋅105 : pour les très hautes résolutions, les interféromètres prennent le relais.

3.2.5 Types de réseaux

TypePrincipeUsage
Transmissionfentes ou traits opaques sur une lame de verretravaux pratiques, 100 à 1000 traits/mm
Gravé, en réflexiontraits gravés au diamant sur une surface métalliséespectromètres, monochromateurs
Blazétraits en dents de scie qui concentrent la lumière dans un ordrerendement jusqu’à 80 %
Holographiquefranges de deux faisceaux laser enregistrées dans une résinepeu de lumière parasite, ultraviolet
Échellegrand pas, ordres élevés (𝑝∼10 à 100)très haute résolution en astronomie

Prix. Un réseau de laboratoire de 25 mm × 25 mm, à 600 traits/mm, coûte environ 100 à 200 € ; il est copié à partir d’un réseau maître, bien plus cher à graver. Les lames de réseau en plastique pour les travaux pratiques ne coûtent que quelques euros.

3.2.6 Réseaux dans la vie courante

Les pistes d’un CD (pas 1,6 µm), d’un DVD (0,74 µm) et d’un Blu-ray (0,32 µm) forment un réseau en réflexion : les irisations de leur tranche en sont la signature. À incidence normale, 𝑎=𝜆/sin𝜃1. Avec un laser de 633 nm, un CD diffracte à 𝜃1≃23° et un DVD à 59°, ce qui permet de mesurer leur pas avec un pointeur laser. Pour le Blu-ray, 𝑎 est inférieur à 𝜆 : il ne diffracte pas la lumière visible. Les plumes et les ailes de papillon donnent des irisations de même nature.

3.2.7 Du réseau au cristal

Un cristal est un réseau à trois dimensions : des plans atomiques, espacés de 𝑑, réfléchissent partiellement les rayons X, et les ondes réfléchies sont en phase si

2𝑑sin𝜃=𝑝𝜆(loi de Bragg).

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Max von Laue observe la diffraction des rayons X par un cristal en 1912, puis W. H. et W. L. Bragg en déduisent la structure de cristaux (1913). Il faut 𝜆≲2𝑑, soit des rayons X pour 𝑑 de l’ordre de 0,1 à 0,3 nm.

Pour aller plus loin. J.-P. Pérez, Optique : fondements et applications, Dunod ; E. Hecht, Optique, Pearson ; C. Palmer et E. Loewen, Diffraction Grating Handbook, Newport.