2.6.1 Principe

Interférences par division d’amplitude : une séparatrice semi-réfléchissante divise le faisceau d’une source en deux, qui se réfléchissent sur deux miroirs perpendiculaires 𝑀1 et 𝑀2 puis se recombinent sur la séparatrice et sont observés sur un écran ou à la lunette. Une compensatrice, lame identique à la séparatrice, égalise les épaisseurs de verre traversées par les deux faisceaux : sans elle, la différence de marche dépendrait de la longueur d’onde (indice du verre), ce qui interdirait de travailler en lumière blanche.

Fig. 17. – Interféromètre de Michelson. Vu depuis la séparatrice, le miroir 𝑀2 est équivalent à son image 𝑀2′ par la séparatrice : 𝑀1 et 𝑀2′ forment une lame d’air d’épaisseur 𝑒.

2.6.2 Deux réglages

Lame d’air (𝑀1 et 𝑀2′ parallèles, distants de 𝑒) : l’interféromètre équivaut à une lame d’air éclairée par une source étendue sous l’incidence 𝑖. La différence de marche entre les deux rayons qui interfèrent est

𝛿=2𝑒cos𝑖≃2𝑒−𝑒𝑖2,

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à un déphasage constant près dû aux réflexions. Les franges, localisées à l’infini, sont des anneaux d’égale inclinaison ; l’ordre d’interférence 𝑝=𝛿/𝜆 est maximal au centre, 𝑝0=2𝑒/𝜆. Les rayons angulaires vérifient 𝑖𝑘+12−𝑖𝑘2=𝜆/𝑒 : les anneaux se resserrent vers l’extérieur. Quand 𝑒 augmente de 𝜆/2, un anneau naît au centre : compter 𝑁 anneaux qui défilent mesure un déplacement Δ𝑒=𝑁𝜆/2 du miroir.

Coin d’air (𝑀1 et 𝑀2′ font un petit angle 𝛼) : l’épaisseur varie comme 𝑒(𝑥)=𝛼𝑥 et, en incidence quasi normale, 𝛿≃2𝛼𝑥. Les franges sont rectilignes, parallèles à l’arête du coin, d’égale épaisseur, localisées au voisinage des miroirs, et d’interfrange 𝑖=𝜆/(2𝛼).

Fig. 18. – Figures d’interférences du Michelson (schématiques).

Contact optique : pour 𝑒=0, 𝛿=0 pour tous les rayons et l’on observe une teinte plate, point de départ des deux réglages.

2.6.3 Cohérence temporelle et doublet du sodium

La source n’étant pas monochromatique, de largeur spectrale Δ𝜆, les anneaux disparaissent quand 𝛿=2𝑒 dépasse la longueur de cohérence 𝐿𝑐=𝜆2/Δ𝜆 : on règle donc le Michelson près du contact optique. En lumière blanche, on ne voit que quelques franges colorées très près du contact optique, ce qui permet de le repérer, la compensatrice garantissant 𝛿=0 pour toutes les longueurs d’onde.

Le doublet du sodium (𝜆1=589,0 nm et 𝜆2=589,6 nm, de même intensité) donne deux systèmes d’anneaux qui se superposent : le contraste vaut 𝐶=|cos(𝜋𝛿Δ𝜆/𝜆2)| et s’annule (brouillage) chaque fois que 𝛿 augmente de 𝜆2/Δ𝜆, donc chaque fois que 𝑒 augmente de 𝜆2/(2Δ𝜆).

2.6.4 Spectromètre à transformée de Fourier

En déplaçant 𝑀2 et en enregistrant l’éclairement au centre, on obtient l’interférogramme

𝐼(𝛿)=∫𝐵(𝜎)[1+cos(2𝜋𝜎𝛿)]d𝜎,

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où 𝐵(𝜎) est le spectre de la source en nombre d’onde 𝜎=1/𝜆. Une transformée de Fourier redonne 𝐵(𝜎), avec une résolution Δ𝜎≃1/𝛿max.

2.6.5 Expérience de Michelson-Morley (1887)

Si la Terre se déplaçait à la vitesse 𝑣 par rapport à l’éther, le temps aller-retour serait (2𝐿/𝑐)(1+𝑣2/𝑐2) dans le bras parallèle au mouvement et (2𝐿/𝑐)(1+𝑣2/(2𝑐2)) dans le bras perpendiculaire. Une rotation de 90° de l’interféromètre échange les rôles des bras et doit décaler les franges de

Δ𝑁=2𝐿𝑣2𝜆𝑐2≃0,4,

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pour 𝐿≃11 m (bras replié par des réflexions multiples), 𝜆≃550 nm et 𝑣≃30 km/s. Michelson et Morley observent un décalage au plus de quelques centièmes de frange : pas de mouvement détectable par rapport à l’éther.

Fig. 19. – Décalage des franges selon l’orientation de l’appareil, d’après Michelson et Morley (1887). Courbes pleines : observations ; pointillés : un huitième du décalage théorique attendu.
Pour aller plus loin. J.-P. Pérez, Optique : fondements et applications, Dunod ; Sextant, Optique expérimentale, Hermann ; A. A. Michelson et E. W. Morley, American Journal of Science 34, 333 (1887).