5.1.1 Principe

Interférences par division du front d’onde, comme les fentes d’Young : l’étoile, à l’infini, envoie un front d’onde quasi plan. Les miroirs extérieurs 𝑀1 et 𝑀2, écartés de 𝐷, en prélèvent deux portions et, via 𝑀3 et 𝑀4, envoient les deux faisceaux dans l’objectif d’un télescope, où ils interfèrent. Les trajets 𝑀1𝑀3 et 𝑀2𝑀4 ont la même longueur : pour une étoile dans l’axe, la différence de marche est nulle.

Fig. 46. – Interféromètre stellaire de Michelson (vue de dessus, schématique). L’étoile n’est pas ponctuelle : chaque point donne son propre système de franges, décalé selon sa direction. Leur somme a un contraste réduit, d’autant plus que 𝐷 est grand.

5.1.2 Deux distances, deux rôles

La distance 𝑎 entre 𝑀3 et 𝑀4 est fixe : c’est elle qui joue le rôle de la distance entre fentes d’Young et fixe l’interfrange dans le plan focal de l’objectif, de focale 𝑓 :

𝑖=𝜆𝑓𝑎.

(55)

La distance 𝐷 entre 𝑀1 et 𝑀2 se règle en écartant symétriquement les miroirs extérieurs. Elle ne change pas l’interfrange mais la sensibilité du montage à la taille de l’étoile : c’est la base de l’interféromètre.

5.1.3 Décalage des franges selon la direction

Pour un point de l’étoile vu dans la direction 𝛼 (petit angle par rapport à l’axe, dans le plan des miroirs), le front d’onde atteint 𝑀1 et 𝑀2 avec un retard relatif 𝛿=𝐷𝛼. Les trajets suivants étant égaux, cette différence de marche s’ajoute à celle de la position 𝑥 dans le plan focal :

𝐼𝛼(𝑥)=2𝐼0(1+cos(2𝜋(𝑥𝑖+𝐷𝛼𝜆))).

(56)

Un point hors de l’axe donne donc les mêmes franges, décalées de Δ𝑥=𝑖𝐷𝛼/𝜆 : deux points de l’étoile donnent des systèmes de franges décalés l’un par rapport à l’autre.

5.1.4 Contraste des franges

Les points d’une étoile sont incohérents entre eux : on additionne les éclairements de ces systèmes de franges. Si 𝐵(𝛼) est la brillance angulaire de l’étoile, normalisée par ∫𝐵(𝛼)d𝛼=1,

𝐼(𝑥)=2𝐼0∫𝐵(𝛼)[1+cos(2𝜋(𝑥𝑖+𝐷𝛼𝜆))]d𝛼=2𝐼0[1+𝐶cos(2𝜋𝑥𝑖+𝜑)],

(57)

avec𝐶𝑒𝑗𝜑=∫𝐵(𝛼)𝑒𝑗2𝜋𝐷𝛼/𝜆d𝛼(𝑗2=−1).

(58)

Le contraste 𝐶=(𝐼max−𝐼min)/(𝐼max+𝐼min) (ou visibilité des franges) est donc le module de la transformée de Fourier de 𝐵 à la fréquence spatiale 𝐷/𝜆 : c’est le théorème de Van Cittert-Zernike. Trois cas :

Deux étoiles identiques, séparées de Δ𝜃 : 𝐵 est la somme de deux pics en ±Δ𝜃/2, d’où 𝐶𝑒𝑗𝜑=cos(𝜋𝐷Δ𝜃/𝜆) et 𝐶=|cos(𝜋𝐷Δ𝜃/𝜆)|, qui s’annule pour 𝐷=𝜆/(2Δ𝜃).

Bande uniforme de largeur angulaire 𝜃 (𝐵=1/𝜃 sur [−𝜃/2,𝜃/2]) :

𝐶𝑒𝑗𝜑=1𝜃∫−𝜃/2𝜃/2𝑒𝑗2𝜋𝐷𝛼/𝜆d𝛼=sin(𝜋𝐷𝜃/𝜆)𝜋𝐷𝜃/𝜆,

(59)

donc 𝐶=|sinc(𝜋𝐷𝜃/𝜆)|, qui s’annule pour 𝐷=𝜆/𝜃.

Disque uniforme de diamètre angulaire 𝜃 : le même calcul en deux dimensions (la largeur du disque dans la direction perpendiculaire à la base vaut 1−(2𝛼/𝜃)2 à un facteur près) fait apparaître une fonction de Bessel.

Fig. 47. – Contraste en fonction de 𝑢=𝐷𝜃/𝜆 : plus l’étoile est étendue, plus le contraste chute vite avec la base 𝐷.

Application à Bételgeuse. Michelson et Pease observent à 𝜆≃575 nm la disparition des franges pour 𝐷≃3,1 m, soit 𝜃=1,22𝜆/𝐷≃2,3⋅10−7 rad, c’est-à-dire environ 0,047 seconde d’arc.

Limites. Le montage doit rester stable à une fraction de longueur d’onde sur plusieurs mètres, et la turbulence atmosphérique brouille les franges : la base reste de quelques mètres. Pour aller plus loin, on sépare davantage les télescopes (interférométrie à longue base).

Pour aller plus loin. A. A. Michelson et F. G. Pease, Astrophysical Journal 53, 249 (1921) ; M. Born et E. Wolf, Principles of Optics, Cambridge University Press ; E. Hecht, Optique, Pearson.