2.3.1 Principe

Un film de savon, d’épaisseur 𝑒 et d’indice 𝑛≃1,33, est entouré d’air. Éclairé en lumière blanche, il renvoie deux rayons : l’un réfléchi sur la face avant (air vers film, avec un déphasage de 𝜋), l’autre réfléchi sur la face arrière (film vers air, sans déphasage). Ces deux ondes interfèrent : c’est une division d’amplitude à deux ondes, comme pour la lame d’air des anneaux de Newton, avec un film d’indice 𝑛. Chaque face ne réfléchit que 𝑅=((𝑛−1)/(𝑛+1))2≃2% : les réflexions multiples sont négligeables, ce qui distingue le film d’un Fabry-Pérot (finesse très faible).

Fig. 12. – À gauche, un film de savon vertical : l’épaisseur croît vers le bas et les couleurs défilent (schématique). À droite, les deux rayons réfléchis.

2.3.2 Différence de marche

Pour un rayon d’incidence 𝑖 et de réfraction 𝑟 (sin𝑖=𝑛sin𝑟), la différence de marche géométrique entre les deux rayons réfléchis est 2𝑛𝑒cos𝑟. En ajoutant le 𝜆/2 dû au déphasage de 𝜋 de la première réflexion :

À incidence normale, la longueur d’onde du premier ordre (𝑝=1) fortement réfléchie est 𝜆=4𝑛𝑒 : pour 𝑒=100 nm, 𝜆=532 nm, et le film paraît vert. Quand 𝑒 varie, la teinte change :

Épaisseur 𝑒𝜆=4𝑛𝑒Couleur réfléchie
75 nm399 nmviolet
100 nm532 nmvert
125 nm665 nmrouge

2.3.3 Observations

Film noir (en réflexion). Au sommet d’un film vertical, l’eau s’écoule et le film s’amincit jusqu’à 𝑒≪𝜆/(4𝑛)≃100 nm. Le trajet supplémentaire 2𝑛𝑒cos𝑟 devient négligeable et il ne reste que le déphasage de 𝜋 de la face avant : 𝛿≃𝜆/2 pour toutes les longueurs d’onde. Les deux ondes sont en opposition de phase et le film paraît noir. C’est le même effet que la tache centrale sombre des anneaux de Newton.

Variation avec l’angle. Quand l’incidence augmente, cos𝑟 diminue et la longueur d’onde renforcée aussi : les couleurs se déplacent vers le bleu.

En transmission. Les deux ondes qui sortent sont l’onde directe et celle qui a subi deux réflexions internes, sur la face arrière puis sur la face avant : toutes deux vers l’air, donc sans déphasage. La différence de marche est 𝛿𝑡=2𝑛𝑒cos𝑟, sans le 𝜆/2, et la figure est complémentaire de celle de la réflexion : une couleur renforcée en réflexion est éteinte en transmission, et un film très mince (𝑒≪𝜆) est lumineux. Mais la seconde onde a une amplitude 𝑟2≃0,02 fois celle de l’onde directe : le contraste n’est que d’environ 4 %, et l’on ne voit pratiquement pas de couleurs en transmission.

Pour aller plus loin. J.-P. Pérez, Optique : fondements et applications, Dunod ; E. Hecht, Optique, Pearson ; S. Houard, Optique : une approche expérimentale et pratique, De Boeck.